Nathalie Iannetta : « Souvent, les filles sont de simples faire-valoir »
La journaliste de Canal Plus et aussi tête d’affiche des journalistes féminins dans le sport analyse les inégalités qui existent entre les différents sexes au sein des rédactions de sport.
L’interview en intégralité
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Pensez-vous qu’un journaliste de sport femme ait un statut particulier par rapport à ses collègues hommes ?
Dans les faits, évidemment non. Nous sommes des journalistes comme les autres. Après, nous sommes évidemment moins nombreuses donc plus facilement repérables. Mais nous ne pouvons pas dire que nous avons un statut particulier, non.
La place des femmes au sein des rédactions de sport est-elle la même que celle des hommes ?
Il le faudrait. Le problème est que ce n’est pas le cas. Cela dépend ce que l’on veut faire de nous. C’est-à-dire que la plupart du temps les hommes ont une émission, la présentent, l’organisent, et souvent les filles sont de simples faire-valoir. Très peu de filles sont seules à présenter une émission. C’est mon cas puisque j’en présente deux, toute seule : la Ligue des Champions et les Spécimens. Mais je suis malheureusement la seule. Les autres sont là mais sont à côté d’un garçon. On aura gagné lorsqu’on aura un garçon à côté de nous, ce qui est mon cas sur la Ligue des Champions où j’ai la chance d’avoir Grégoire Margotton à mes côtés, soit lorsque nous serons seules à porter notre émission.
A quoi est-due cette inégalité ?
Je pense que ça s’appelle du machisme (rires) ! C’est très compliqué de faire bouger les mentalités, il faut du temps, mais ça va venir. Pendant des années et des années le sport était incarné à la télévision par des hommes. Cela ne se modifie pas comme ça du jour au lendemain. Les femmes ont mis un certain nombre d’années avant d’avoir le droit de porter un pantalon, avant d’avoir le droit d’avoir un compte en banque… Et bien elles mettent aussi un certain nombre d’années à s’imposer à la télévision en tant que leader et pas seulement faire-valoir ou accompagnatrice.
Avez-vous une anecdote à raconter sur votre parcours de femme journaliste spécialisée dans le sport ?
Oui j’en ai une qui éclaire relativement bien la difficulté d’être une femme à la télévision dans le milieu du sport. Quand j’ai commencé, Thierry Gilardi m’a toujours dit : « Ecoute-moi bien. Si un jour, moi, Thierry Gilardi, j’emploie un nom à la place d’un autre, ou bien si je fais une erreur, les gens vont penser que j’ai fait un lapsus. Alors que je me serais réellement trompé ! Si toi, tu fais la même erreur, alors que c’est un lapsus, que tu dis le nom d’un joueur à la place d’un autre malgré que tu aies la bonne information, les gens vont dire que tu n’y connais rien. Voilà. Ça, c’est la différence entre toi et moi. Tu devras toujours travailler dix fois plus que moi et tu n’auras pas le droit à l’erreur. C’est une injustice de la nature, mais si tu comprends ça, tu y arriveras ». J’ai donc travaillé dix fois plus que mes camarades et j’ai écouté ce que m’a dit Thierry. Et il avait raison. On ne me pardonne rien et on est évidemment beaucoup plus indulgent avec les garçons.
Propos recueillis par Paul de Saint Sernin











PAUL DE SAINT SERNIN (10/09/1991)
Canal+, Radio France International, Dailysport... Diplômé de l\'Institut Européen de Journalisme de Paris.










